Il est triste de constater qu'Israël, avec son gouvernement actuel dirigé par Benjamin Netanyahu, risque de tomber dans le même piège d'une réaction excessive au terrorisme du Hamas, ce qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour Israël.


La réaction israélienne à l'assassinat cruel de plus de 1 300 Israéliens et de plus de 200 otages pris le 7 octobre a été le choc, l'angoisse et la peur, car il s'agit de la pire perte de vies israéliennes en un seul jour depuis l'Holocauste.


Le pays tout entier et son gouvernement s'étaient laissé bercer par l'idée que le Hamas se concentrait sur la gestion de Gaza et qu'il était peu probable qu'il lance une attaque terroriste de grande envergure. M. Netanyahou a réussi à faire croire aux Israéliens, et à une grande partie du reste du monde, que la question palestinienne n'était plus d'actualité. Par l'intermédiaire de gouvernements successifs de plus en plus à droite, il a mené une politique de renforcement du Hamas tout en affaiblissant l'Autorité palestinienne en Cisjordanie, afin de montrer au monde qu'Israël n'avait pas de réelle possibilité de négocier avec les Palestiniens : l'Autorité palestinienne était trop faible et corrompue, et le Hamas était une organisation terroriste. En l'absence de tout interlocuteur palestinien raisonnable, M. Netanyahou a poursuivi son objectif d'accroître les colonies israéliennes en Cisjordanie et de normaliser les relations avec les pays arabes, ignorant les Palestiniens tandis que leur fureur grandissait tranquillement dans les rues et les tunnels de Gaza. Les explosions meurtrières du Hamas dans les kibboutzim israéliens le 7 octobre ont réduit en miettes la logique et la stratégie de Netanyahou. Et pourtant, il reste Premier ministre d'Israël, le pays est dirigé par la personne peut-être la plus responsable des choix stratégiques qui ont conduit aux terribles événements qu'ils ont subis.


Israël se doit de réagir, car s'il laissait un tel acte terroriste impuni, il enverrait un message inacceptable, à savoir que le terrorisme contre Israël est permis. M. Netanyahou a annoncé l'intention d'Israël de "détruire le Hamas", il a appelé 360 000 réservistes, soit près de 4 % de la population du pays, il a annoncé la préparation d'une attaque terrestre massive contre le Hamas à Gaza et il a lancé une campagne de bombardements dévastatrice contre des cibles du Hamas à Gaza, qui a fait de nombreux morts et blessés parmi les civils.


Le président Biden, lors de son bref voyage dans un Israël en guerre la semaine dernière, a fait preuve de compassion pour les souffrances israéliennes et a confirmé sans équivoque le soutien solide de l'Amérique à son allié, mais il a également mis en garde Israël contre la rage, rappelant à M. Netanyahu que les États-Unis avaient "commis des erreurs" en 2001, en réagissant de manière excessive au traumatisme collectif causé par les attaques surprises d'Al-Qaïda. Les rapports de presse indiquent que M. Biden a continué d'exhorter discrètement M. Netanyahu à reporter ou à éviter de lancer une attaque terrestre de grande envergure, et qu'il a fait tout ce qu'il pouvait pour que l'aide humanitaire soit acheminée à Gaza.


Je pense que Netanyahou ne peut ou ne veut pas suivre les conseils de prudence de Biden et qu'il tombera dans le piège du Hamas. Déjà, en bloquant Gaza et en privant toute sa population de nourriture, d'eau et de médicaments, en limitant sévèrement l'aide humanitaire, en lançant des bombardements massifs et des attaques à la roquette, la guerre d'Israël contre le Hamas risque d'être perçue comme une guerre contre les Palestiniens de Gaza, ce qui retournera une grande partie du monde contre Israël.


Israël a lancé une attaque terrestre sélective sur Gaza, la guerre se poursuivra pendant des mois et le monde verra chaque jour la dévastation et la souffrance causées par les forces de défense israéliennes. Cela pourrait amener le Hezbollah, d'autres mandataires iraniens et même l'Iran à entrer directement en conflit avec Israël. Je suppose que l'Iran évitera d'entrer en conflit ouvert avec Israël, mais il est certain qu'il y aura davantage de violence contre Israël et qu'il sera difficile pour les pays arabes de rester calmes face à de probables soulèvements populaires favorables à la cause palestinienne. Même si cela va à l'encontre des intérêts des pays arabes, le processus de normalisation entre Israël et le monde arabe pourrait bien être inversé.


Par ailleurs, même si les FDI parviennent, au prix d'énormes efforts, à neutraliser la capacité militaire du Hamas, Israël n'éliminera pas le Hamas. La popularité du Hamas a déjà augmenté de façon spectaculaire dans tout le monde arabe. Qui gouvernera Gaza après qu'Israël aura fait des ravages contre le Hamas ? La seule solution à long terme au problème palestinien et à la survie saine d'Israël est un État palestinien indépendant vivant à côté d'Israël.


On parle beaucoup de l'affaiblissement des États-Unis, mais il est intéressant de noter que seuls les États-Unis peuvent jouer un rôle important de médiateur au Moyen-Orient. La Chine et la Russie pourraient bien finir par être les vainqueurs de ce conflit en évolution, mais à ce jour, aucune d'entre elles n'est directement présente. Ce n'est qu'avec l'implication active des États-Unis qu'une éventuelle voie étroite vers la paix au Moyen-Orient pourrait être trouvée.


Author

Patrick Siegler-Lathrop is a dual-national American-French businessman living in Portugal, having pursued a career as an international investment banker, an entrepreneur-industrialist, a university professor and a consultant. He is the author of numerous articles on the US and a book, "Rendez-Vous with America, an Explanation of the US Election System". He is currently the President of the American Club of Lisbon, a 76-year old organization "promoting goodwill and understanding between people and cultures". For more information: https://RendezVouswithAmerica.com

The opinions expressed herein are personal and not those of the American Club of Lisbon.

Patrick Siegler-Lathrop